395px

Bicentenário

Jean Ferrat

Bicentenaire

J'ai vu des ducs, j'ai vu des princes, des barons, des comtes, des rois
Des marquises à la taille mince qui dansaient au son des hautbois
Dans des châteaux pleins de lumière où les fêtes resplendissaient
Où l'on chantait Il Pleut Bergère dans le velours et dans la soie

Mais dans sa chaumière, mais dans sa chaumière
Je n'ai pas vu pauvre Martin
Pauvre Martin, pauvre misère
Avec sa femme et ses gamins

J'ai tremblé devant la colère, des va-nu-pieds, des paysans
Renversant l'ordre millénaire dans la fureur et dans le sang
J'ai vu la terreur apparaître, les châteaux partir en fumée
Les délateurs régner en maîtres dans une France sans pitié

Mais dans sa chaumière, mais dans sa chaumière
Je n'ai pas vu pauvre Martin
Pauvre Martin, pauvre misère
Tremblant de froid, mourant de faim

J'ai frémi pour ces grandes dames, ces beaux seigneurs si émouvants
Qui montraient tant de grandeur d'âme, de noblesse de sentiments
Avant que leurs têtes grimacent au bout des piques acérées
Agitées par la populace des sans-culottes avinés

Mais dans sa chaumière, mais dans sa chaumière
Je n'ai pas vu pauvre Martin
Pauvre Martin, pauvre misère
Creusant la terre de ses mains

Deux siècles après quatre-vingt-neuf, il fallait oser l'inventer
A la télé, on fait du neuf en acquittant la royauté
Deux siècles après quatre-vingt-neuf
D'autres seigneurs veillent au grain
Et toi qui vivais comme un bœuf
Ce sont tes maîtres que l'on plaint

À six pieds sous terre, ton bicentenaire
Ils l'ont enterré bel et bien
Pauvre Martin, pauvre misère
C'est toujours le peuple qu'on craint
Pauvre Martin, pauvre misère
C'est toujours le peuple qu'on craint

Bicentenário

Vi duques, vi príncipes, barões, condes, reis
Marquesas esbeltas dançando ao som de oboés
Em castelos iluminados onde as festividades brilhavam intensamente
Onde cantavam Il Pleut Bergère em veludo e seda

Mas em sua cabana, mas em sua cabana
Não vi o pobre Martin
Pobre Martin, pobre coitado
Com sua esposa e filhos

Tremei diante da fúria dos camponeses descalços
Subvertendo a antiga ordem em fúria e derramamento de sangue
Vi o terror surgir, castelos virarem fumaça
Informantes reinam supremos em uma França impiedosa

Mas em sua cabana, mas em sua cabana
Não vi o pobre Martin
Pobre Martin, pobre coitado
Tremendo de frio, morrendo de fome

Tremei por aquelas damas nobres, aqueles lordes belos e comoventes
Que demonstraram tanta magnanimidade, tanta nobreza de espírito
Diante de suas cabeças contorcidas nas pontas afiadas lanças
Acenando para a turba bêbada de sans-culottes

Mas em sua cabana, mas em sua cabana
Eu não vi o pobre Martin
Pobre Martin, pobre coitado
Cavando a terra com as próprias mãos

Dois séculos depois de '89, foi preciso coragem para inventá-lo
Na TV, estão fazendo algo novo ao exonerar a realeza
Dois séculos depois de '89
Outros lordes estão de olho
E você, que viveu como um boi
São seus mestres que temos pena

Seis palmos abaixo da terra, seu bicentenário
Eles o enterraram bem e verdadeiramente
Pobre Martin, pobre coitado
São sempre as pessoas que eles temem
Pobre Martin, pobre miséria
São sempre as pessoas que são temidas

Composição: Jean Ferrat