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Os Djinns

Juliette Noureddine

Les Djinns

Murs, ville,
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C'est l'haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu'une flamme
Toujours suit.

La voix plus haute
Semble un grelot.
D'un nain qui saute
C'est le galop.
Il fuit, s'élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d'un flot.

La rumeur approche,
L'écho la redit.
C'est comme la cloche
D'un couvent maudit,
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s'écroule,
Et tantôt grandit.

Dieu ! La voix sépulcrale
Des Djinns !... Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l'escalier profond !
Déjà s'éteint ma lampe,
Et l'ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu'au plafond.

C'est l'essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant.
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau lourd et rapide,
Volant dans l'espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près ! - Tenons fermée
Cette salle où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu'une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée
Tremble à déraciner ses gonds.

Cris de l'enfer ! Voix qui hurle et qui pleure
L'horrible essaim, poussé par l'aquilon,
Sans doute, ô ciel ! S'abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l'on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu'il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète ! Si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J'irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d'étincelles,
Et qu'en vain l'ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! - Leur cohorte
S'envole et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L'air est plein d'un bruit de chaînes
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l'on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d'une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d'un vieux toit.

D'étranges syllabes
Nous viennent encor :
Ainsi, des Arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s'élève,
Et l'enfant qui rêve
Fait des rêves d'or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas ;
Leur essaim gronde :
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu'on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s'endort,
C'est la vague
Sur le bord ;
C'est la plainte
Presque éteinte
D'une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit...
J'écoute :
Tout fuit,
Tout passe ;
L'espace
Efface
Le bruit.

Os Djinns

Muros, cidade,
E porto,
Asilo
De morte,
Mar cinza
Onde a brisa
A brisa,
Tudo dorme.

Na planície
Surge um barulho.
É a respiração
Da noite.
Ela brama
Como uma alma
Que uma chama
Sempre segue.

A voz mais alta
Parece um sininho.
De um anão que salta
É o galope.
Ele foge, se lança,
Depois em dança
Num pé balança
Ao fim de um fluxo.

A ruma se aproxima,
O eco repete.
É como o sino
De um convento amaldiçoado,
Como um barulho de multidão,
Que troveja e rola,
E ora desmorona,
E ora cresce.

Deus! A voz sepulcral
Dos Djinns!... Que barulho eles fazem!
Fujamos sob a espiral
Da escada profunda!
Já se apaga minha lâmpada,
E a sombra da mureta,
Que ao longo da parede rasteja,
Sobe até o teto.

É o enxame dos Djinns que passa,
E gira assobiando.
Os teixos, que seu voo despedaça,
Estalam como um pinheiro queimando.
Seu rebanho pesado e rápido,
Voando no espaço vazio,
Parece uma nuvem lívida
Que traz um relâmpago ao flanco.

Eles estão bem perto! - Mantenhamos fechada
Esta sala onde os desafiamos.
Que barulho lá fora! Exército horrendo
De vampiros e dragões!
A viga do teto solta
Cede como uma erva molhada,
E a velha porta enferrujada
Treme prestes a arrancar suas dobradiças.

Gritos do inferno! Voz que grita e chora
O horrível enxame, empurrado pelo aquilão,
Sem dúvida, ó céu! Desaba sobre minha morada.
A parede cede sob o negro batalhão.
A casa grita e oscila inclinada,
E parece que, do solo arrancada,
Assim como se caça uma folha seca,
O vento a rola com seu turbilhão!

Profeta! Se tua mão me salva
Desses demônios impuros das noites,
Eu irei prostrar minha testa careca
Diante de teus sagrados incensários!
Faz com que sobre essas portas fiéis
Morra seu sopro de faíscas,
E que em vão a unha de suas asas
Rangem e gritem nesses vitrais negros!

Eles passaram! - Sua coorte
Sobe e foge, e seus pés
Param de bater minha porta
Com seus golpes multiplicados.
O ar está cheio de um barulho de correntes
E nas florestas próximas
Tremem todos os grandes carvalhos,
Sob seu voo de fogo dobrados!

De suas asas distantes
O bater diminui,
Tão confuso nas planícies,
Tão fraco, que se acredita
Ouvir a grilo
Gritar com uma voz fina,
Ou estalar a chuva
Sobre o chumbo de um velho telhado.

Estranhas sílabas
Nos vêm ainda:
Assim, dos árabes
Quando soa a trompa,
Um canto na praia
De vez em quando se eleva,
E a criança que sonha
Faz sonhos de ouro.

Os Djinns fúnebres,
Filhos da morte,
Nas trevas
Apressam seus passos;
Seu enxame ressoa:
Assim, profundo,
Murmura uma onda
Que não se vê.

Esse barulho vago
Que se adormece,
É a onda
Na beira;
É a queixa
Quase extinta
De uma santa
Por um morto.

Dúvida
A noite...
Eu escuto:
Tudo foge,
Tudo passa;
O espaço
Apaga
O barulho.